Le 29 Janvier dernier, une grande journée de grève en faveur d’une approche plus sociale pour le plan de relance avait lieu. Selon les syndicats, 2,5 millions de manifestants étaient présents. Une mobilisation jamais égalée depuis 20 ans. Comme pour beaucoup de manifestations, l’attitude de la Police a été digne d’une véritable répression politique. Retour sur une triste banalité qui sort de l’objectif médiatique.
18H30, métro Opéra : La foule en provenance de Bastille inonde la place. Il est clairement impossible d’y contenir tous les manifestants au vue de la taille du cortège. Quand Opéra est saturée, la queue du cortège est à peine partie du point de départ. Plusieurs personnes réclament alors une extension du parcours vers l’Élysée, située à plusieurs centaines de mètres. Erreur fatale au pays des droits de l’homme ! Une manifestation et son itinéraire doivent être validés par la préfecture, sinon, vous êtes la cible de la Compagnie Républicaine de Sécurité. Ces derniers descendent alors des camions situés à proximité et bouclent la Rue de la Paix, Le Boulevard des Italiens et l’avenue de l’Opéra.
Par cet acte, dont l’ordre vient directement de la tête de l’état, la Police réprime le droit de manifester. La foule essaye donc de passer par la Rue de la Paix quand un mur de CRS lui bloque la route. La foule s’agite, privée de sa liberté de mouvement. Quelques bouteilles volent. Ne cherchant pas l’affrontement tous se dirigent vers le Boulevard des Italiens, le scénario recommence.
La volonté de contraindre la manifestation est clairement affichée, la tension monte. Une barricade est installée, puis enflammée. Les CRS chargent une première fois, puis une seconde et une troisième. Les manifestants sont repoussés du boulevard, restant comprimés à Opéra. Pour les personnes ayant eu le malheurs de tomber à terre lors des charges, elles sont systématiquement ramassées puis placées derrière le rempart de bouclier et souvent, tabassés. La technique permet d’éviter le regard des caméras. Une sanction physique immédiate, sans jugement. S’agit il d’une personne ayant jeté un projectile ? Cela n’a aucune importance.
La violence se généralise petit à petit. Le comble de l’oppression est accomplie lorsque les CRS cassent en deux le cortège. Les manifestants sur la place de l’Opéra sont séparés du reste du cortège par un nouveau mur policier. Après environ une ou deux heures, tout le monde est expulsés de la place, repoussés toujours plus loin dans le boulevard des Italiens par des charges de plus en plus violentes (voir la vidéo, un homme est même évacué par les secours. Nous avons contacté les hôpitaux alentours qui nous ont indiqué qu’il s’agissait d’un blessé superficiel. Étonnant au vue de l’évacuation et d’importantes tâches de sang restées sur le trottoir … ). De nombreux coups de matraques sont donnés à l’aveugle et le recours au gaz lacrymogène (dangereux pour la santé) est tout simplement banal.
Même au moment où les manifestants cherchent à calmer le jeu en s’asseyant par terre, face au signe de faiblesse et comme s’il s’agissait d’une bataille, les forces de polices en profitent pour charger.
A 21H40, la quasi totalité de la manifestation a été dispersée. Les quelques irréductibles gaulois sont, sans aucun avertissement, encerclés par les CRS. Au centre du carré, une 60aine d’individus, dont notre équipe. Deux cars arrivent, un officier rassure « Il ne s’agit que d’un contrôle d’identité », comprenez un fichage politique. Mais une fois tout le monde entrés, le bus se dirige vers le commissariat de Marcadet Poissonniers. Une fois arrivés, nous sommes mis à 30 par cellules pour une fouille et un nouveau contrôle d’identité. A aucun moment il n’est demandé si il y a des asmatiques, cardiaques ou diabétiques, une demande pourtant obligatoire. Comble du désordre, la raison évoquée pour ce voyage gratuit : nous aurions refusé la demande d’identification. Pourtant, dès l’entrée du car, un officier avait déjà récupéré nos identités.
Ce qui choc, c’est que justement que cela ne surprend plus. Nous sommes dans un pays démocratique et il est normal dans beaucoup de consciences, de réprimer ainsi ceux qui protestent. Pourquoi ? Pour le cas précis de cette amnifestation, imaginez la clac médiatique pour Nicolas Sarkozy si on voyait une foule de 2,5 millions d’individus s’opposer au président, face à son palais… Se serait une catastrophe pour son image nationale et internationale. L’homme a préféré charger plutôt que d’écouter la démocratie. Quand à notre ramassage en fin de soirée, il ne s’agit que de la volonté de démoraliser les contestataires les plus motivés, à savoir ceux qui sacrifient leur temps jusqu’à la dernière minute, pour s’exprimer.
Article réalisé par Djez.



