Voila 26 ans que Mumia Abu-Jamal est enfermé dans le couloir de la mort. Reconnu coupable en 1981 du meurtre d’un policier, il a passé un quart de siècle dans l’attente d’une révision de son procès, théâtre de règlements de comptes politiques et de lutte pour les droits de l’homme. De condamnation en appel, de révision en annulation, le sort du plus célèbre des 3500 condamnés a mort aux Etats-Unis est incertain.
Nouveau développement dans l’affaire, nous sommes aujourd’hui à un tournant critique. Les juges ont accepté, pour la première fois en 25 ans, de remettre en cause la sentence de 1982 : les requêtes ont fini par aboutir, portant sur le non-respect des droits constitutionnels de Mumia et la discrimination raciale qui entachèrent le procès. Le verdict tombe au début de cette année: La condamnation à mort est annulée.

Activiste pro black et écrivain, Mumia a eu l’honneur d’interviewer Bob Marley lors de sa tournée à Philadelphie, il rédige son article ainsi : « Quand nous nous sommes rencontré, c’était la fin de l’année 1979, la température extérieure commençait à se rafraîchir, mais dans la suite des Wailers, à l’hôtel Warwick, l’atmosphère était sombre, humide, chaude, et aromatisée par l’arôme de la sensimilia. […] (Marley) prenait vraiment beaucoup de plaisir à tenir son rôle de mentor rasta auprès des blacks américains. Un rôle que sa destinée n’a fait qu’agrandir au fil des temps, alors que son nom, sa mémoire, portent en eux la puissance et le potentiel de nombreux autres martyres de notre temps … Malcolm X, Marcus Garvey, Paul Boggle, Fred Hampton, et tant d’autres …” Il ne se doute pas qu’il sera lui-même, plus tard, une icône dans le combat pour la libération du peuple noir.
Comment s’est déroulé le procès de 1982 ? Petit rappel.
Journaliste engagé et membre co-fondateur à Philadelphie du groupe Black Panthers, Mumia était surveillé par le FBI pour ses activités militantes, raison pour laquelle il fut aussi renvoyé de sa station de radio. Il est au volant de son taxi (moyen de subvenir a ses besoins) lorsqu’il décide de venir en aide à son frère, William Cook, qui se fait arrêter par la police. Des coups de feux sont échangés, Mumia est touché, et le policier Daniel Faulkner est tué.
Tels sont les faits, nous n’étions pas sur les lieux de la fusillade ce soir là. Le but n’est pas de démontrer son innocence ou sa culpabilité.
Cependant, on aurait pu connaître meilleure entrée en matière pour son procès : déjà connu de la police, membre du clan Black Panthers, redouté à l’époque, Mumia est aussi reconnu comme un journaliste engagé qui lutte pour les minorités. Il est dans le collimateur du FBI. Difficile d’imaginer pire que ça ? Le juge chargé du procès, Albert Sabo, est surnommé « le juge tueur », il détient le triste record des condamnations à mort. Il est membre à vie de l’Ordre Fraternel de la Police… et sa réputation de tueur de Noirs n’est plus à faire : 84% de ses condamnés le sont. Pour finir, dans une ville où 50% de la population est noire de peau, le juré ne comptera que deux noirs et 10 blancs.
Me Weinglass, avocat de mumia, dénombrera 26 violations des droits fondamentaux de l’accusé. Le procès est une vraie parodie, pour celui qui ‘dérange’. Le dossier du FBI servira de preuve, les témoins sont intimidés, et se contredisent. Plusieurs témoignages en faveur de l’accusé ne seront jamais présentés. La balle extraite du corps du policier était du calibre .44, le revolver de Mumia était un 38. La police ne pratiquera pas les tests habituels pour relever –ou non- des traces de poudre sur ses mains. Plusieurs preuves de sa culpabilité seront contredites par la défense, et démontrent que la police a modifié la scène du crime.
Son exécution a souvent été annoncée, mais reportés à chaque fois lors de nouvelles procédures judiciaires. Mumia sait qu’il est victime de la réalité propre aux minorités pauvres, souvent les populations noires, et encore plus du seul fait de leurs opinions politiques comme c’est le cas pour le journaliste militant. Mais il n’a jamais stoppé son activité, il écrit de nombreux livres en prison dénonçant l’élimination systématique de « ceux qui dérangent » le système judiciaire, raciste et anti-pauvres, ainsi que les traitements infligés aux condamnés en prison, ce qui lui vaudra de s’attirer la sympathie internationale (Et pas celle de la prison qu’il décrit : mis au trou pendant 90 jours à la sortie d’un livre, il y sera humilié et subit de nombreuses privations. Il intente un procès à la prison, qu’il finira par gagner). Il exige la justice et la liberté.
Son combat est exemplaire ; la solidarité n’a jamais été aussi importante. Et dure depuis deux décennies.

Les associations d’artistes se succèdent de par le monde. Concerts, festivals, connexions et compilations : ils chantent pour celui qu’on appelle « la voix des sans voix », ces acteurs de la scène française comme Féfé Typical & Saël, SaïSaï, Rocé et Assassin, et des figures internationales, Public Enemy, Rage Against the Machine ou Krs1.
« Je les entends dire qu’ils veulent tuer Abu-Jamal. Comme si ils étaient insensibles à nos nombreux appels. Ils disent que l’exécuter rend service à la société pour laquelle il est une menace. Mais la vérité est qu’ils s’en débarrassent au profit de ceux là même qui veulent établir l’ordre mondial. Car Abu jamal est victime d’une injustice, la proie du piège comploté par la police ! » Féfé T.
Tout change le 17 mai 2007. Pour la première fois depuis le verdict de 1982, la justice accepte d’examiner les conditions dans lesquelles s’est déroulé le procès. La défense a la possibilité de démontrer les conditions de haine raciale et politique entachant le procès, l’absence d’impartialité des magistrats et le complot de la police de Philadelphie, ou encore les « instructions » données aux membres du jury. Enfin du nouveau grâce à un procès équitable, aidé par l’organisation anti-raciste NAACP, des militants et des élus américains. De nombreux médias ont également montré de l’intérêt à la présence et aux délégations françaises et allemandes soutenant Mumia. . « Cette victoire nous donne des raisons de redoubler d’efforts, nous dit Michel Taube, porte-parole de la Coalition mondiale contre la peine de mort. En 2008, il y a les élections présidentielles et les sondages montrent que la peine capitale recule dans l’opinion. »
« Afin que cette sentence de mort l’on suspende, Féfé T engage la propagande. Vous tuez l’homme mais pas la légende. L’opinion publique réprimande. »
Le combat contre la peine capitale progresse à grands pas. « On a eu un procès sérieux. Mais rien ne dit que l’on aura satisfaction. » Son avocat reste prudent.
La décision de la Cour d’appel fédérale tombe le 27 mars 2008, et met un terme à l’inquiétude internationale : Mumia ne sera pas exécuté. Bonne nouvelle ? Non, il ne sortira pas tout de suite du couloir de la mort. Dans l’attente, il risque au mieux la commutation de sa peine en réclusion à perpétuité. Au pire, si l’accusation décide de faire appel, une nouvelle condamnation à mort.

L’espoir demeure, mais la mobilisation internationale ne doit pas faiblir. Chaque semaine apporte son lot de manifestations, des associations renouvellent initiatives et interventions à travers tous les secteur de la politique et du social : Articles dans Le Monde, le Figaro. Dépêches de l’AFP, mobilisation du SNJ (Syndicat National des Journalistes). Mumia est élevé au rang de citoyen d’honneur de la ville de Paris en 2003, et dans d’autres grande villes à travers le monde : Shangai, San Francisco, une rue porte même son nom à Saint-Denis. «Cette première victoire en appelle d’autres. Celle de la reconnaissance de son innocence. Celle de la reconnaissance de la responsabilité de la justice américaine dans la condamnation d’un homme du fait de ses seules opinions politiques. Celle, enfin, de sa libération.» déclarait Marie Georges Buffet.
L’annonce du verdict est un miracle, et récompense l’espoir et la mobilisation du monde entier, quel que soient les appartenances politiques et encore moins les nationalités : des artistes et personnalités, élus, associations et personnes, également aidées par la mobilisation des médias, tous sont fiers de s’être mobilisés pour que la vérité soit reconnue.
Lors de son interview avec Bob Marley, Mumia Abu-Jamal pose une question prémonitoire : -« Brother, quelle est la signification de la chanson EXODUS ?
-Bob Marley : Exodus veut dire venir tous ensemble … le mouvement pour l’Afrique du peuple noir. L’exil de Babylone. Nous sommes en Babylone et c’est une exode physique vers chez nous. Mais ce que nous souhaitons vraiment c’est l’unité entre tous les noirs, tous ensemble, seen ? A l’heure actuelle la seule manière que nous avons pour nous unir est de travailler avec la vérité. […] C’est le temps de l’unité. Notre peuple a quelque chose de fort … nous devons nous en rappeler. »
Don’t give up the fight.
Annexe, comprendre l’objectif des Panthères Noires
Article réalisé par Melk,



