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Jean Rouch, l’ethnologue albinos

jean rouch ethnologueD’après ses propres mots, un “marginal” pour qui leur vertu est “d’avoir toujours raison”. Appelé l’albinos, ou encore le griot blanc, Jean Rouch est un ethnologue du cinéma qui nous a laissé, tant pour le colon que pour le colonisé, un témoignage exceptionnel. Retour sur un symbole.

Ses choix du sujet filmé et sa manière de commenter apportent une approche partisane de l’ethnologie qui lui valu de nombreuses critiques. D’autant plus qu’il produit à contre sens des images de propagandes. Dans un monde occidental qui voit le prisme africain par l’oeil de l’Etat, il apporte un regard vrai sur un continent riche en fantasme. De la poésie, à la brutalité, il ne se censure pas.

Né en 1917, il comme par une carrière d’ingénieur en Afrique, avant de se réorienter vers le cinéma. Son premier film sort en 1948 : Les Magiciens de Wanzerbe et présente les rites des magiciens Songhay au Niger.

Avec plus de 120 films dont 70 sur le Niger, sa vie s’imprègne de l’Afrique. Certains films sont d’une rareté précieuse, comme Sigui synthèse, l’invention de la parole et de la mort. On y découvre une cérémonie traditionnelle Dogon qui n’a lieu que tous les 60 ans ! D’autant plus précieuse que celle ci s’étale sur 7 années, même les Dogons n’ont pas le droit d’y assister plus de trois années consécutives ! Après ce film, le rituel devient célèbre, si bien qu’un très grand mouvement est attendu pour le prochain, en 2027.

Mais c’est aussi dans sa technique qu’il apporte au cinéma. Avec un cadrage particulier, une rythmique rapide des plans et une méthode de travail qui sont aujourd’hui celles des journalistes : on film le matin, (on développe à midi), on monte l’après midi et on diffuse le soir.Jean Rouch s’attache a intégrer des chansons traditionnelles à ses montages et ne manque pas d’inclure les intervenants au générique.

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Il réalise aussi plusieurs clichés photos, dont les marques des changements culturels, de l’arrivée de la propriété privée, comme cette pancarte qui stipule qu’il “est rigoureusement interdit à toute personne étrangère de pénétrer dans ma chambre à coucher, sans aucune autorisation”.

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Les maîtres fous, tournage d’une semaine. 1er prix des films cinématographiques, géographiques, touristiques et folkloriques au festival international de venise 1957. Ce film témoigne de la rencontre de l’Afrique Noire avec la civilisation mécanique occidentale, ses aliénations, son courage. La pellicule présente la secte des Haouka : à Accra les africains ont de nouveaux emplois : marchand de vieilles bouteilles, manœuvres, chasseurs de moustique, coupeur d’herbe, mineurs. On y célèbre les mariages, des prostitués manifestent contre la baisse des salaires, les cortèges religieux arpentent les rues. Accra est de ces villes nouvelles d’Afrique où les cultures s’entrechoquent. A coté de ce monde qui s’occidentalise, les Haouka continuent leurs rituels. Ils quittent la ville pour pratiquer leur culte. Les hommes entre en transe, dansent, bavent. leurs visages sont crispés, ils deviennent des personnages coloniaux : capitaine de la garde britannique, gouverneur, femme du capitaine et reproduisent les protocoles… Le lendemain sur le marché d’Accra, Jean Rouch redécouvre les Haouka. Ils sont tranquilles, travaillent le visage détendu. Et c’est au moment où l’on pourrait interpréter le film comme une vision paternaliste, que l’auteur s’autorise un commentaire et dévoile l’amour et l’admiration d’un homme pour l’Afrique :
“En voyant ces visages souriants, en apprenant que ces hommes sont peut être les meilleurs ouvriers, en comparant ces visages avec ces visages horribles de la veille, on ne peut s’empêcher de se demander si ces hommes d’afrique ne connaissent pas certains remèdes qui leur permettent de ne pas être des anormaux, mais d’être parfaitement intégré à leur milieu” et d’ajouter “des remèdes que nous, nous ne connaissons pas encore”.

A une époque où l’Afrique évolue a une vitesse incroyable, ces films sont un témoignage riche et essentiel. Le but n’est pas d’inscrire le continent dans son passé, mais d’inciter l’Afrique à évoluer, non pas vers ce que l’on voudrait, mais vers ce qu’elle veut d’elle même.

Jean Rouch nous a quitté en février 2004. L’homme a grandement marqué l’Afrique, qui le voit comme un africain à part entière. Des membres du peuple Dogon, au Mali, ont estimé avoir perdu “un ami, un frère”.

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Article réalisé par Djezz

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