Le
groupe Eclektik est composé de Zio-John, Aldrick et Pez’Mo,trois artistes aux capacités distinctes mais complémentaires. Ils travaillent ensembles depuis 1998 et il y a un an , le groupe a décidé de créer un projet: “Melting Pot”. Ce projet réunit plus de 30 artistes de la scène Rap et Soul émergente se trouvant trop souvent sous médiatisées. Afin de combler ce manque , Le groupe Eclektik ainsi que le réalisateur du DVD, Pierre Jampy, ont mis en lumière ces artistes qui n’ont pas peur des prises de risques artistiques et qui osent la diversité.
Tout d’abord,pouvez vous nous présenter votre association Utter Staff ainsi que le Dvd “Melting Pot”?
Zio-John:Utter Staff est né des soirées “Abracadagrooove” et de la volonté de créer des évènements à notre sauce. Nous avons donc organisé les soirées “Abracadagroove” de 2003 à 2005 ce qui nous a permis de filmer des groupes ,dont on apprécie l’originalité, en live. Une originalité devenue tellement rare et tellement sous représentée dans le rap français contrairement au rap américain ou anglais où les groupes osent plus. Il y a des talents en France qu’on voulait mettre en avant à travers nos évènements avec l’association Utter Staff.
Pierre Jampy:On a donc gardé les meilleurs groupes de ces 2 ans de soirée et on les a rassemblé sur un DVD+CD pour mieux les faire connaitre au public.
Pez’Mo:On n’y a rajouté des interviews, ce qui permet apures avoir vu le live de mieux connaitre l’artiste.
Un an après la sortie du Dvd ,quel est le bilan de ce projet?
Pez’Mo: “Melting Pot” n’étant pas notre premier projet, nous avons pu constater qu’il est de plus en plus difficile de vendre des disques.
Zio-John: Mitigé. Je suis déçu du résultat des ventes dans le sens où on pensait se démarquer avec notre projet, ce qui est le cas… mais nous pensions que cela pouvait peut être tourner à notre avantage.
Finalement il s’est avéré que commercialement parlant c’est dur de percer dans un marché qui est tenaillé par des formats marketings , c’est à dire que le rap aujourd’hui ne peut être que “gangsta” , sinon ce n’est pas du rap… on pensait pouvoir dépasser ce critère mais non …ça n’a pas été possible.
Pez’Mo: Je dirais que l’on a eu beaucoup de soutient de la part des activistes du milieu rap et moins de la part de certains medias ou de certains points de ventes.
Pierre Jampy: Surtout quand les artistes présents sur la compilation ne sont pas les artistes “Guetto-bling-bling” qui vendent les plus… La plupart ont beau être au dessus (qualitativement) il n’y a pas de sensationnel, donc ca passionne moins les foules.
Zio-John: D’un autre côté on est très fiers d’avoir pu sortir un projet autoproduit qui puisse être distribué partout en France , c’est déjà très bien pour nous.
Selon vous,quels sont les points forts de l’autoproduction?
Pierre Jampy: La liberté.
Zio-John: Le contrôle de l’œuvre.
Pour vous, être en indépendant à l’heure actuelle, c’est plus un effet de mode, une attitude contestataire ou un réel engagement dans l’univers Hip/Hop français?
Zio-John: Pour moi c’est une contrainte.
Pez’Mo: Je pense que c’est une contrainte à cause de la crise du disque, les maisons de disques signent moins.
Pierre Jampy: C’est la volonté de faire ce que l’on veut, comme on veut. Si on faisait ce que les maisons de disques désirent, on travaillerait avec elles. Mais comme on veut faire l’exact opposé, c’est une attitude contestataire tout en étant un engagement dans le hip-hop pour montrer toutes ses facettes.
Zio-John: Pour ma part, je ne vais pas te mentir, il n’y'a aucune démarche politique ou philosophique dans le fait d’être indépendant. Si demain une major me contacte pour financer ma musique , je signe presque les yeux fermés… j’exagère à peine , tout ça pour dire qu’on n’a pas trop le choix, si on veut faire aboutir nos projets , malheureusement on peut compter que sur nous même pour l’instant. Mais d’un côté c’est plaisant, on n’a de comptes à rendre à personne. Comme beaucoup de choses il y a des bons côtés et des mauvais.
Pez-Mo:Je suis assez d’accord avec Zio-John, car seul une maison de disque peut permettre de réaliser un album ou un projet tel qu’on l’imagine, j’entend par là avoir plus de moyens financiers pour avoir les meilleurs studios, les meilleurs musiciens, etc… et je ne parle pas de la partie commerciale et promotionnelle du disque.
Pourtant on a l’impression aujourd’hui qu’être un rappeur et signé sur une major est discréditant….
Pez’Mo:Je pense que ce discours est propre a l’underground francais, pour moi c’est de l’hypocrisie. Mais en même temps c’est vrais qu’il y a une certaine fierté à réaliser son album de “A a Z”.
Zio-John: Je crois que c’est une fausse idée que les gens se font parce que tout les rappeurs qui cartonnent et qui se disent “de rue” sont tous signés en major par des contrats de licence ou alors signés chez des indépendants qui investissent au final les mêmes sommes que les majors sur les projets. Indépendant ne veut pas dire pauvre! Des “indés” comme Naîve, Wagram, ou Because investissent des sommes colossales sur les artistes rien à voir avec nous ou d’autres “indés”…et ces “indés” fonctionnent comme des majors. C’est vraiment une idée reçue car 80% des rappeurs mêmes les plus militants comme Médine ou Keny Arkana sont sur des labels à très gros budgets comparables à ceux des maisons de disques.
Pez’Mo: Nous,nous faisons vraiment de l’autoproduction.
Pensez vous que le Hip/Hop français est en évolution?
Pez’Mo: Oui comme beaucoup d’autres musiques il continu d’évoluer.
Zio-John: Oui comme tout, après la vrai question c’est : évolue-t-il dans le bon sens? Je n’ai pas vraiment de réponse à cette question , on ne prétend pas être les sauveurs du rap , on fait notre musique et on la donne à qui veut bien l’entendre en France ou ailleurs dans le monde comme au Burkina ou en Italie par exemple où on a fait des concerts.
Quels sont vos projets pour la suite?
Pierre Jampy: Pour ma part, continuer à réaliser divers projets : concerts (Wu tang, Ayo, Mos def…) Makings of, documentaires, clips…
Zio-John:L’album d’Eclektik , des albums solos dans le lointain, approfondir la composition pour ma part, l’enregistrement et le mix pour Pez’Mo à travers son studio Kitchen Sound, et la réalisation pour Pierre Jampy. On pourra retrouver mes compositions sur l’album D’hiroshiman, un groupe qu’on a rencontré à travers notre projet et qui prépare un album qui devrait sortir très prochainement, ce projet nous aura permis de rencontrer des groupes avec qui on partage une même vision des choses et de travailler avec eux.
Article réalisé par Peach

